Orishas ‘ A Lo Cubano

Orishas ' A Lo CubanoOrishas voit le jour à la fin des années 90, quand quatre jeunes Cubains se croisent en France, et partagent leur amour de la musique en générale, de la musique cubaine en particulier. Avec un tel nom de scène, impossible de ne pas s’arrêter sur l’histoire. L’histoire d’une île de plus de dix millions d’habitants qui fait rêver autant qu’elle demeure en retrait dans un monde qui ne cesse d’évoluer avec la célèbre globalisation dont elle ne fait toujours pas partie. Cuba reste, encore en 2011, l’un des pays les plus inspirants et les plus inspirés en matière de musique, même si le poids du passé demeure très (trop) présent, aussi bien dans la composition, la production ou, plus fortement, dans les paroles elles-mêmes.
Les « orishas » sont des divinités vénérées à Cuba, des divinités qui sont le résultat d’un syncrétisme très fort sur l’île, puisqu’elles sont en fait originaires d’Afrique noire, d’où nombre d’esclaves étaient emmenés de force vers le Nouveau monde (c’est-à-dire, l’Amérique des Espagnols). Aujourd’hui, croyances chrétiennes et africaines s’entremêlent, telles le métissage des Cubains eux-mêmes : blancs, noirs, métisses…
A Lo Cubano n’est donc pas un album empli d’un chauvinisme exacerbé : il s’agit, comme souvent quand on parle d’artistes cubains (musiciens, écrivains, cinéastes…) d’un hommage à une terre que beaucoup ont dû quittée. Un exil forcé, sans pour autant renier la terre qui les a vu naître. Entre hommage, déclaration d’amour et revendication (peut-être pas politique, mais au moins sociale et culturelle), ce disque et ce groupe sont cubains avant tout autre chose.
Orishas se compose des quatre « caras de madera » de la pochette, à savoir : Flaco-pro (dont c’est la seule participation puisqu’il quittera par la suite le groupe, depuis un trio), Yotuel « guerrero » (qui vit à Madrid), Roldán (vivant lui à Paris) et Ruzzo (qui, lui, a choisi Milan). Musicalement, on a tendance à parler de hip-hop cubain, ce qui me semble être une bonne étiquette. Effectivement, Orishas fait dans la musique urbaine, tout en s’inspirant et samplant dans le magnifique patrimoine de la musique cubaine, y ajoutant son rap en español-cubano, et ses sonorités très proches de celles que l’on connaît bien en France, puisque A Lo Cubano a été enregistré et produit ici.
Bien entendu, manier la langue de Cervantès est un plus incontournable, et connaître la culture cubaine vous permettra de jouir comme il se doit de cette musique incroyablement vivante. Mais même sans ses clefs, la musique reste tellement expressive et surtout Cuba est, comme la Jamaïque toute proche, synonyme de chaleur, fiesta et amour. Même politisées, les paroles restent toujours pleines d’espoir, d’optimisme et de joie de vivre.
L’intro ou « S.O.L.A.R. » ne font rien d’autre que confirmer ce que l’on savait déjà : les Orishas sont cubains, tout comme les rythmes de percussions qui nous mettent déjà dans l’humeur. Comme dans le hip-hop, des stéréotypes sont disséminés dans tout l’album : « Represent » ne laisse toujours pas l’occasion de se tromper quant aux origines havanaises des membres, de même que le rap est évidemment le style musical qu’ils ont choisi. On peut également entendre deux strophes en français pendant la chanson.
Plus loin, « A lo cubano » revient sur les stéréotypes liés à Cuba, en forme d’hommage lancé depuis Paris, soit en exil. « Barrio » chante et déchante la vie dans un quartier, tellement synonyme de vie dans la rue.
« Mistica » fait dans la douceur, sa musique est vraiment légère et cependant percutante.
Sur A Lo Cubano, vous reconnaîtrez de nombreux samples de la musique cubaine, en forme d’hommage, toujours, comme sur « 537 C.U.B.A. » où l’on entend la voix d’Ibrahim Ferrer (il s’agit d’un sample et non d‘une collaboration).
Sur le dernier titre, « Triunfo », Orishas chante : « Aquí nada cambió… » et l’on devine qu’ils chantent avec la voix de tous les Cubains qui ne peuvent ni s’exprimer, ni même se faire entendre dans le monde. L’art a ce secret de pouvoir tout faire, tout dire, tout faire comprendre, même si l’impression donnée est celle de s’amuser, divertir tout en divertissant. On ne peut être cubain et ne pas y prêter d’importance : la « cubanité » traverse les frontières, et la Révolution de 1959 empêche près de 15 millions de Cubains dans le monde de se préoccuper d’autres choses que d’eux-mêmes ou leur famille.
Vous saurez maintenant, en écoutant de la musique cubaine née après cette date-clé que les choses sont telles qu’on les ressent mais cachent tellement plus. Orishas réussit le très beau pari de nous faire bouger tout en restant mobilisés. L’on comprend aussi comment ils ont pu choisir leur nom et donc on voit bien la pertinence de celui-ci.

(in heepro.wordpress.com, le 11/01/2011)

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Voir aussi :

Orishas {Cosita Buena}

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