Maxence Cyrin ‘ Modern Rhapsodies

Peu d’artistes réussissent à sortir de Besançon et à se faire reconnaître pour leur talent. Certes, Victor Hugo ou les frères Lumière y sont nés. Ou, plus récemment, des gens comme Christian Lacroix ou le chanteur Aldebert. Mais ils restent des exceptions.
Maxence Cyrin a sorti son premier album en 2005 chez F Com (la maison de disque de Laurent Garnier a été contrainte de cesser définitivement son activité en 2008), Modern Rhapsodies. Pas de compositions personnelles mais des reprises. Des reprises au piano de morceaux d’artistes aussi divers que Massive Attack, Aphex Twin ou Depeche Mode. Il s’agit donc d’une performance relativement intéressante puisque les chansons choisies ne sont pas initialement composées pour être joué au piano.
Premier des quatorze morceaux choisis, « Behind the wheel », reprise du Music For The Masses de Depeche Mode sorti en 1987 : impossible de ne pas succomber à cette pièce qui est aussi envoûtante que la voix de Dave Gahan sur l’originale : évidemment, il ne faut pas oublier la composition du maître Martin Gore puisqu’elle se prête magnifiquement à cette version revisitée.
Sauf erreur de ma part, « Don’t you want me » reprend un titre dance de 1992, originalement interprété par Felix. Si je n’ai pas vraiment souvenir de l’originale, l’air me semble néanmoins familier et le titre n’en est que plus intéressant. De même pour le suivant, dont même le nom de l’interprète, Gusto, est encore dans ma mémoire, mais sans plus : « Disco’s revenge » vous sera également familier, et ici l’on entend un titre déjà plus entraînant, effectivement issu du mouvement dance de la première moitié des années 90.
« Sueño latino », du groupe Sueño Latino, était sorti en 1989. Ce titre apparaît ici comme onirique, avant que n’arrive une montée plus vivante, assurément le côté latin de la chanson.
Après le très grand moment d’ouverture avec Depeche Mode, l’un des sommets est forcément la réinterprétation de l’acide « Windowlicker » de celui qui est notamment surnommé le « Mozart du XXe », Aphex Twin. Si « Windowlicker » est devenu un monument, c’est autant pour sa chanson que pour son clip (à voir absolument, car signé Chris Cunningham – pour les fainéants, regarder au moins la pochette de cet EP où l’on reconnaît la tête de Richard D. James sur un corps très « sensuelle »…) : on comprend encore plus le succès de ce titre en l’entendant revisité de la sorte, au piano, instrument que l’Anglais incorporera davantage dans Drukqs. Très beau.
La suite ne ralentie pas : « Acid Eiffel » de Choice (composée en 93, entre autres par Laurent Garnier) fut en fait le premier titre enregistré par Maxence Cyrin avant d’en arriver à cette collection de reprises, puis « Jaguar » de Rolando (datant de 2000, donc œuvre la plus récente ici) qui est le titre au tempo le plus rapide et permet de vérifier le talent d’adaptation de Cyrin d’une part, son talent de pianiste d’autre part.
Encore un morceau que l’on attend : « Go » de Moby avait été en 1992 l’un des titres les plus importants dans la mouvance électronique, bien avant Play ; à l’époque, Moby était un précurseur, un ambassadeur de la musique électronique dans la monde, et « Go » en avait été l’emblème, reprenant le thème de la série de David Lynch, Twin Peaks. Un morceau encore plus sombre sous le piano de Cyrin.
Autre sommet, « Unfinished sympathy » de Massive Attack, qui se révèle sous un autre visage, très épurée, le piano nous transperçant à la manière de la voix de Shara Nelson sur l’originale. Quel bel hommage pour l’un des morceaux les plus symboliques des années 90 que les Bristoliens initiaient en grandeur !
« The meltdown » de Lunatic Asylum, puis « Anastasia » de T99 continuent sur une même lancée, ouvrant la porte à une deuxième reprise d’Aphex Twin, tirée cette fois-ci de son chef d’œuvre de 94 Selected Ambient Works Volume II (ou SAWII pour les intimes) composée de vingt-quatre morceaux sans titre, dont celui-ci. Initialement très épurés, les morceaux de ce double album se prêtent à merveille à l’exercice, et Maxence Cyrin relève néanmoins le défi haut la main, réussissant à conserver l’oppression omniprésente dans le morceau dont on sent la délivrance en deuxième partie d’interprétation.
Deux autres classiques terminent ces Modern Rhapsodies, « L.F.O. » de L.F.O. (dont Mark Bell faisait partie) et le culte « Smokebelch II » de Sabres Of Paradise (le projet d’Andy Weatherhall).
Les quatorze morceaux sont évidemment des choix dus autant à la possibilité de les réinterpréter que de l’envie de remercier les créateurs de ces chansons qui ont inspiré Maxence Cyrin. Pour les amateurs, sachez que tous les titres ont été joués sur un piano Yamaha C7 et l’intérieur du disque, en digipack, rend un hommage tout particulier au piano, qui se retrouve au centre de cette œuvre intense et finalement très originale, qui a choisi la simplicité (les pièces durent en moyenne moins de trois minutes) en décidant de conserver l’essentielle des originaux, à savoir : la mélodie, et les émotions.

(in heepro.wordpress.com, le 13/01/2011)

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