A Tribe Called Quest ‘ The Love Movement

Parmi les disques que j’ai beaucoup écoutés (je devrais même aller jusqu’à dire « saignés » tellement j’ai pu les adorer), il y a uniquement du rock ou de l’électro. À l’exception de ce disque, The Love Movement, le dernier album de l’un des plus importants groupes de hip-hop de tous les temps, A Tribe Called Quest.
L’album autant que le groupe sont sans la moindre hésitation mes préférés dans tout l’univers du rap. Pour quelles raisons ? Il y en a bien sûr beaucoup, et forcément toutes plus ou moins subjectives. Mais il existe une autre raison, elle tout à fait objective : c’est l’album qui m’a permi de découvrir le groupe, en 2004 (soit six ans après sa sortie), devenant ainsi les premiers artistes hip-hop a réellement m’intéresser. B-Real en solo ou avec Cypress Hill m’interpellèrent à un moment, mais finalement sans que je n’accroche plus que ça à leur style.
A Tribe Called Quest livrèrent ainsi leur chant du cygne avec The Love Movement, mettant un terme à une décennie qu’ils avaient ouvert de la meilleure des façons : un album devenu culte, People’s Instinctive Travels And The Paths Of Rhythm, tout aussi culte que son successeur The Low End Theory (respectivement sortis en 1990 et 1991). Le troisième, Midnight Marauders, sans renfoncer le clou, continuera sur la lignée de The Low End Theory en en étant une parfaite suite logique, alors que Beats, Rhymes And Life sera un ton en dessous, marquant alors une certaine baisse de régime dans l’ouvre des Américains.
Quel que soit votre avis sur ces quatre albums, ou plus généralement quel que soit l’opinion de la majorité sur A Tribe Called Quest, j’avoue être d’accord sur la place prise par le deuxième, que je ne peux écouter sans son pendant qu’est pour moi Midnight Marauders. Je suis un peu plus en difficulté quant au tout premier, sur lequel je reste mitigé. Par contre, je suis bien d’accord que Beats, Rhymes And Life est plus faible, d’autant plus quand on connaît le potentiel des trois rappeurs.
Nous voici enfin à l’œuvre qui nous importe aujourd’hui, et qui est évidemment à mettre en corrélation avec les précédentes puisqu’elle en est devenue le dénouement. Fini les pochettes arc-en-ciel, rendant un très bel hommage aux peintures et maquillages que de nombreuses tribus africaines utilises sur leur corps (voir par exemple le corps peint sur The Low End Theory). Place à l’épuration la plus totale, avec une pochette toute blanche, que seuls quelques écrits dans sa partie supérieure (nom du groupe et titre de l’album) et quinze symboles exactement tout en bas viennent habiller.
Chaque symbole ne représenterait-il pas ainsi chacune des chansons (je vous laisse deviner combien il y en a) dont le thème principal sera bel et bien, comme annoncé, l’amour. Ou plutôt, les amours. On connaît l’importance du message dans la musique, et tout particulièrement dans le rap, on sait donc que l’on sera servis.
« Start it up » possède un rythme saccadé très intéressant, c’est d’entrée l’un de mes morceaux préférés ; également, on se rend compte que le ‘G’ rap n’aura jamais été la tasse de thé de Q-Tip, Phife Dawg et Ali Shaheed Muhammad. L’étiquette de « rap intelligent » n’a pas vraiment raison d’être (un peu comme l’IDM dans la musique électronique), si ce n’est qu’elle permet au moins de savoir le genre de discours auquel on risque d’avoir affaire. « Find a way » est un titre sympa mais pas très relevé.
Le troisième titre « Da booty » est une nouvelle claque que j’apprécie énormément ; comme sur l’ensemble de l’album, il est difficile de tout comprendre dans le rap des trois New-yorkais, mais il est important de tout de même tendre l’oreille (des écouteurs facilitent grandement la chose).
Sur « Steppin’ it up » vous reconnaîtrez sans difficulté Busta Rhymes et Redman, pour une collaboration grandiose et très musclée. « Like it like that » ralentit le tempo avant le plus dansant « Common Ground (Get It Goin’ On) ».
En forme d’interlude, « 4 moms » est parfait, la musique est au cœur de ces deux courtes minutes pendant lesquelles on entend la guitare jazz de Chalmers « Spanky » Alford (décédé en 2008), et c’est la voix de Phife Dawg qui rallume le micro sur le superbe « His Name Is Mutty Ranks » (également en moins de deux minutes).
« Give me » voit un nouvel invité, N.O.R.E. (aussi connu comme Noreaga), qui n’apporte pas autant que les deux précédemment cités, et Q-Tip et Phife seuls auraient peut-être mieux tenu le morceau.
« Pad & pen » reste dans la même ambiance, avant « Busta’s lament » sur lequel Busta se contente de grommeler un yap-yap (samplé), voilà pourquoi vous ne l’entendrez pas raper… Très ingénieux. Et surtout, ça le fait !
« Hot 4 you » et « Against the world » ne se détachent pas du reste, et l’on sent la fin arriver, « The love » constituant effectivement une conclusion parfaite autant lyriquement que dans sa construction musicale. L’album pourrait s’arrêter ici sans souci, tant tout semble avoir été dit depuis l’ouverture magique « Start it up ».
Mais A Tribe Called Quest ne respectera pas les canons sur son dernier LP : « Rock rock y’all » vient finalement conclure une deuxième fois le mouvement, ce morceau étant à mon avis celui qui a(vait) le plus gros potentiel commercial, c’est-à-dire en tant que single. Ce constat pouvant facilement être plutôt négatif est en réalité la preuve de l’énorme talent du groupe ; Q-Tip est ici accompagné de Punchline, Jane Doe, Wordsworth et Mos Def. Cette collaboration nous laisse en fin de compte sur notre faim, tellement ce titre sent la vie,tellement il est jouissif. Isolé, c’est une tour simplement une tuerie. Au sein de l’album, il donne envie de, très simplement, remettre le disque. Le mouvement de l’amour est un cycle, un cercle, un disque.
The Love Movement est à l’image de ses créateurs : un album à laisser tourner pour l’apprécier comme je l’apprécie toujours depuis déjà sept ans. Je viens de l’écouter deux fois aujourd’hui, et une troisième écoute me réconforterait de celles-ci…

(in heepro.wordpress.com, le 17/01/2011)

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