Dave Gahan ‘ Paper Monsters

En 2003, Depeche Mode en est déjà a plus de vingt ans de carrières pour dix albums studio, le dernier en date étant alors sorti en 2001, un certain Exciter dont le succès fut assez léger.
À l’époque, l’hégémonie de Martin Gore pour l’écriture et la composition au sein du groupe anglais n’est qu’un pléonasme. Si Dave Gahan est le chanteur et, par conséquent, leader (notamment charismatique) du groupe, le véritable leader est Martin Gore. Ce dernier s’offre même des morceaux dans lesquels il prend place également derrière le micro.
Ainsi, Paper Monsters est non seulement le premier album solo de Gahan, mais représente aussi et surtout son envol en tant que véritable artiste : certes aidé par Knox Chandler, il a tout de même écrit et composé chacune des dix chansons de son projet personnel. Chanteur et musicien, il va alors nous montrer une nouvelle couleur sur sa palette.
Aux premières écoutes, la déception est forcément et très logiquement là. Il est en effet assez difficile de se retrouver face à un album qui donne l’impression d’être du Depeche Mode sans en être une seule seconde. Car c’est à une autre vision, différemment profonde, et assurément plus rock, plus torturée à laquelle on a affaire.
« Dirty sticky floors » est une jolie entrée en la matière, mêlant rock et pop, alors que « Hold on » est plus axée pop, avec un côté carrément racoleur. « A little piece » est assez déconstruit, avec son rythme ralentie, son ambiance enfumée ou en noir et blanc, à l’instar de la photo de couverture de Gahan, prise dans les rues de Madrid par l’incontournable Anton Corbijn. « Bottle living » est un autre titre assez rock, la voix de Gahan s’y prêtant totalement, avec un harmonica en fond.
« Black and blue again » annonce la couleur, commence dans une certaine torpeur, avant de se réveiller et finir dans une ambiance enfumée (encore ?) extrêmement agréable.
« Stay » est une chanson proche d’un vent qui vous caresse et vous donnant des frissons par la même occasion, et qui surtout l’impression d’avoir été écrite dans le calme du petit matin ou de la nuit qui semble ne jamais s’arrêter d’être blanche. Langoureuse et intense.
« I need you » est sans doute le titre le plus électronique de tous, malgré la présence d’une guitare. Son rythme est relativement lent (comme la plupart des titres d’ailleurs) mais un certain optimisme s’en dégage malgré tout. Une chose devient alors de plus en plus sure : Gahan n’est pas là pour faire dans la grandiloquence, ni pour singer le groupe qui l’a aussi bien détruit que fait survivre puis revivre jusqu’aujourd’hui.
Paper Monsters devient de plus en plus consistent. Sans vouloir ni s’éloigner de Depeche Mode, ni coller à sa musique pour autant, Gahan retrouve une autre facette de sa personnalité, et je trouve que « Bitter apple » en est une très belle illustration. En six minutes, on finit par se laisser immerger par la voix qui nous était pourtant déjà très familière comme si on la découvrait. Et c’est là la clé pour comprendre à sa juste valeur cette œuvre résolument personnelle. Il arrive à s’exprimer sur sa propre musique, avec ses propres mots, sans s’être isolé non plus.
L’un des grands moments est « Hidden houses », très rock et envolé, presque enragé (même si Gahan sait parfaitement la contrôler, sa rage). Musicalement proche de l’univers de Depeche Mode, c’est un titre qui ne rentrerait sur aucun des albums du groupe car beaucoup trop rock d’abord, puis trop intense dans sa personnification. Voilà tout l’intérêt d’un album solo que de pouvoir exprimer de nouvelles choses, ou les exprimer différemment.
« Goodbye » termine l’album sans nous surprendre, avec un titre de six minutes lent qui finit dans une certaine apothéose.
Le message de Dave Gahan est passé : il reste un Depeche Mode tout comme Martin Gore. Cependant, il va falloir désormais compter avec lui pour que le groupe continue comme lui le souhaite : tel un monstre à deux têtes, mais deux têtes qui se comprennent de plus en plus. Ou, du moins, qui réussissent à vivre chacune sans jamais annihiler l’autre.
Paper Monsters est sans doute emprunt d’une fragilité, mais les démons ont toujours un même pouvoir d’effrayer grâce aux apparences : grâce à ce que l’image elle-même renvoie, ou bien aussi à cause de l’image qu’on croit ou a envie de voir. Bravo pour ce premier essai personnel très réussi.

(in heepro.wordpress.com, le 17/02/2011)

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