Depeche Mode ‘ Black Celebration

De 1981 à 1984, Depeche Mode aura été très prolifique en sortant quatre albums, suivis en 1985 d’une compilation de cette période.
En 1986, soit deux ans après le dernier enregistrement en studio, sortira l’album que beaucoup considère comme celui d’une transition, chose que les membres du groupe reconnaissent également. Il a été enregistré entre Londres et Berlin (la ville jouissait à l’époque d’une très grande influence créatrice, il n’y a qu’à aller voir du côté de Bowie ou Iggy Pop pour le vérifier).
Comme le racontera Daniel Miller en 2007, les quatre membres du groupe (Andy Fletcher, Dave Gahan, Martin Gore et Alan Wilder) étaient tiraillés de l’intérieur, entre leur envie de réaliser la musique qu’ils souhaitaient faire et l’envie de faire des tubes également. Deux choses qui s’opposaient forcément.
L’éponyme chanson d’ouverture sonnera forcément quelque peu datée (wouaw, l’album date déjà d’il y a vingt-cinq ans !), néanmoins, l’ambiance sombre, assez lourde et oppressante lui confère une écoute qui demeure intense même en 2011. Très bel enchaînement avec « Fly on the windscreen » qui permet de comprendre l’une des forces de Depeche Mode : sa capacité à être très bien produit. À nouveau, quelques sonorités restent encrées en plein cœur des années 80. Cependant, c’est la profondeur de la composition et la voix de plus en plus précise de Gahan (Gore chante les chœurs) qui explique pourquoi le groupe va évoluer comme il le fera après et déjà avec Black Celebration qui ouvrit une nouvelle époque pour les Anglais.
La suite ne dépareille pas une seule seconde, à commencer par « A question of lust », sulfureux et au rythme apaisé. Assurément l’un des moments inoubliables de toute la discographie du groupe. Remarquez bien toutefois que c’est Gore qui chante… comme sur le bref « Sometimes », chanson tout en douceur avec pour seul accompagnement Wilder au piano, ou encore sur l’étrange « It doesn’t matter two » qui reste tout de même sympa.
Enfin, pourrait-on dire, Gahan reprend le micro : Gore chante très bien, mais enchaîner trois morceaux de suite est déroutant car cela implique forcément l’absence de Gahan qui n’est « que » chanteur, ne jouant alors d’aucun instrument sur l’album, et n’ayant surtout ni écrit ni composé de chanson. Quel retour en force de la voix principale avec « A question of time » ! À nouveau, l’un des grands moments de la carrière du désormais trentenaire groupe de Basildon.
À l’instar des deux « A question of… », « Stripped » est une chanson immense, notamment de par les recherches apportées à la production dès la première seconde. Ainsi, on entend au début du morceau ni plus ni moins que la Porsche de Dave démarrer ou encore un bruit de moteur qui tourne en boucle tout le long de la chanson (bruit provenant de la version démo et qui  fut gardé grâce à l’atmosphère qui s’en dégageait). « Stripped » est tellement énorme dans sa densité émotionnelle que Black Celebration ne serait plus du tout le même album sans ce titre-clé. L’ambiance ne pourra que retomber après un tel moment, cependant « Here is the house » permet de ne redescendre que d’un étage : c’est sûrement la plus belle mélodie et le morceau le plus lumineux des onze du disque.
« World full of nothing » est une nouvelle petite pièce interprétée par Gore et est bien plus intense que « It doesn’t matter two ».
« Dressed in black » commence une légère descente vers la fin du disque, avant le final « New dress » qui semble presque « indus' » d’entrée. L’importance de Depeche Mode dans l’avènement de la musique dite industrielle naît forcément ici, ou avec « Stripped », ainsi que dans cet univers sombre, enfumé et urbain comme le montre l’image de couverture.
Chez les fans de Depeche Mode, Black Celebration reste l’un des favoris évidents. À mes yeux, c’est effectivement leur premier très grand album, même si certains détails m’empêchent d’aller jusqu’à parler de premier chef-d’œuvre, comme le seront plusieurs de leurs productions à venir. Il reste par certains aspects trop encré dans son époque ; néanmoins, sa sortie charnière (il ne précède Music For The Masses que d’une année) en fait un passage obligé, une introduction à la suite qu’il forme avec les deux albums qui lui succèderont. Mais la suite, c’est une autre page de l’histoire.

(in heepro.wordpress.com, le 03/03/2011)

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