Peter Silberman ‘ Impermanence

peter-silberman-impermanenceAlors que l’on attendait un nouvel album de son groupe The Antlers, lequel succéderait à Familiars qui était sorti en 2014, on apprenait pendant l’été 2016 que Peter Silberman – leader et, selon certains, l’homme se cachant derrière un groupe pour en réalité publier des disques qui autrement seraient des albums solo – était en train d’écrire et composer des titres seul, sans son groupe. La nouvelle d’un album solo, un véritable album solo, ne se fit dès lors plus trop attendre. Après quelques extraits, voici l’heure de découvrir Peter Silberman en solo. Quid de The Antlers ? S’agit-il vraiment d’un nouveau départ ou d’une suite logique ? Probablement les deux, en souhaitant qu’il parvienne, et c’est sûrement le but, à se faire enfin un nom, tant il le mérite.

Tout d’abord, sachez qu’il ne s’est pas complètement défait du groupe qui lui a permis d’en arriver là aujourd’hui. Aussi retrouve-t-on Michael Lerner, batteur et percussionniste du trio The Antlers, aux percussions sur le troisième morceau, « Gone beyond ». De même, alors qu’il n’était présent que sur deux morceaux de Familiars au trombone (sur « Doppelgänger » et « Refuge »), Andrew Dunn s’est occupé de mixer Impermanence. Enfin, pour ce qui est d’entrer dans les détails, les photographies sont l’œuvre de Justin Hollar, lequel était déjà derrière celle de l’album Burst Apart, et c’est une nouvelle fois Zan Goodman qui s’est chargé de l’artwork (comme depuis Hospice).

Concernant le plus important, la musique, on sera d’abord déçu de remarquer qu’il n’y a que six morceaux, pour une durée totale de 36 minutes. Mais dès la première écoute, la frustration de ne pas avoir davantage de musique est aussitôt évacuée par le plaisir d’écoute pendant cette brève mais langoureuse demi-heure. Une demi-heure de musique, avec la voix de Silberman (à l’exception du dernier titre, instrumental), où la musique est presque silencieuse, tellement douce, légère, ou plutôt effacée, discrète, voire retenue ou pudique. Oui, tout ça.

Alors que les albums de The Antlers étaient principalement enregistrés à Brooklyn, ce nouvel album l’a été dans différents endroits, des côtes est et ouest : bien sûr à Brooklyn, mais aussi à Block Island, Somers, Saugerties, Portland, Woodside et Big Sur.

Impermanence me rappelle très vite un autre disque : l’album solo éponyme de Mark Hollis, publié en 1998 et qui sonna le glas et de sa musique et de celle de Talk Talk. Un album qui s’ouvrait et s’achevait… par du silence. L’absence de son, de musique, de voix, nous rappelant à quel point sans silence la musique n’existerait pas, ne serait que du bruit, des bruits. Impermanence semble rejoindre Mark Hollis, ou Miles Davis qu’il cite quand celui-ci parlait de l’importance plus grande encore des notes qui ne sont pas jouées sur celles qui le sont. Un moto repris littéralement par Silberman, qui pendant les trois années de conception de l’album souffra d’un surdité quasi intégrale à une oreille. On peut facilement se mettre à sa place, en tant que personne déjà, et, davantage encore, en tant qu’artiste et mélomane.

Depuis que l’album est sorti, difficile de ne pas « entendre » tout ce qu’il y a derrière, ou plutôt, par-dessus chacune des notes, chacun des mots ou, on l’a compris, chacun des silences des chansons. J’ai bien peur que bon nombre de personnes ne passent à côté de Peter Silberman, de la même façon que j’aurais pu passer à côté de The Antlers (heureusement, le choix de « Hotel » comme single – même si ce fut tout sauf un tube – de Familiars fut déterminant pour moi…). Me voici néanmoins en train d’essayer, par ces mots silencieux et que peu de monde lira d’aider à propager l’art de Silberman.

Pour conclure, et parce qu’il m’est impossible de terminer comme Impermanence par quelques instants de silence, je parlerai d’une seconde influence possible, tout du moins une référence possible : le Jeff Buckley new-yorkais, celui des concerts au Sin-é, seul, avec sa guitare et son ampli. Certes, Impermanence est beaucoup plus travaillé, est produit, et différents instruments ont été utilisés. Mais l’univers de Buckley (et des influences de celui-ci, tous des grands classiques et à qui il aura mille fois rendu hommage) semble, pour quelques instants, se rapprocher de celui de Silberman, même s’ils ne se sont jamais croisés, n’étant pas de la même génération. Le morceau « New York » me fait particulièrement pensé à la reprise « Calling you » de Bob Telson et rendue célèbre grâce à la version de Javetta Steele pour le film Bagdad Café en 1988.

Quant à la signification évidente dans le Bouddhisme du mot impermanence, si vous y aviez pensé, je vous laisse découvrir par vous-mêmes en quoi elle peut également éclairer notre écoute.

(in heepro.wordpress.com, le 28/02/2017)

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Voir aussi :

The Antlers {Familiars}

peter-silberman-transcendless-summer

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