Ryuichi Sakamoto ‘ async

async_CD_JP_cover_再校戻Mes premiers émois avec Ryuichi Sakamoto ? Il me faut mentionner son remix (avec la collaboration de son compatriote Yukihiro Takahashi… qui faisait également partie du trio Yellow Magic Orchestra) de « Fatalism » de Massive Attack en 2010 qui a été publié sur la version deluxe de Heligoland, ou encore la reprise de « La femme chinoise » de son premier groupe Yellow Magic Orchestra par Maxence Cyrin en 2006 sur l’album Növo Piano, morceau figurant en bonus de l’édition japonaise de l’album du Français. Bien sûr, tout récemment, Jarvis Cocker et Chilly Gonzales lui ont même rendu un bel hommage sur leur album Room 29, en empruntant ou s’inspirant du maître japonais (écoutez « Tearjerker » et son pendant « The tearjerker returns »).

Pourtant, cette année, me voici seulement à découvrir un nouvel album de cet artiste culte, en l’occurrence son tout dernier, le premier depuis de longues années (puisqu’il était gravement malade).

async est un album qui, tout de suite, ne peut que faire mouche. En effet, et les critiques déjà unanimes le concernant ne viendront pas me contredire, dès la première minute du morceau liminaire « andata » le piano envoûtant de Ryuichi Sakamoto nous émeut. Néanmoins, l’artiste ne nous laisse pas nous endormir dans une léthargie et, plutôt que de laisser le piano nous reposer, préfère changer d’instrument pour des passer aux sonorités davantage liturgiques d’orgue entremêlé de bidouillages plus ou moins asynchrones – comme pour mieux justifier le titre de l’œuvre.

Ensuite ? Inutile de commenter des morceaux parfaitement intitulés tels « Desintegration », « Solari », « Walker », « Fullmoon », « Life, life » ou encore l’épilogue « Garden ».

« Ubi », au choix, résonne comme un oiseau qui se trouverait en détresse ou rappelle inlassablement le bip lancinant que l’on peut entendre dans une chambre d’hôpital. Bien entendu, la maladie endurée et de laquelle Ryuichi Sakamoto s’est remis n’a pas dû cesser de le hanter pendant qu’il composait son nouvel opus. Les thématiques croisées et imbriquées de la vie et de la mort son, dès lors, omniprésentes. Les moments de torpeurs, illustrées par les passages (voire des titres entiers) totalement chaotiques, même si toujours maîtrisées, demeurent stupéfiants et plutôt dérangeants.

Au final, async est assurément une œuvre multiple : celle du retour d’un survivant, celle d’une personne qui sait maintenant plus que jamais que toute chose ce qu’il fera pourrait être la dernière, celle d’un artiste qui essaie à la fois de reprendre ce qu’il avait déjà développé par passé tout en y apportant un nouveau regard, regard tourné vers l’avenir.

Un voyage qui n’est pas aisé, mais au bout duquel on se sent étonnamment revigoré, rassuré, apaisé. En somme, en parfaite symbiose avec lui-même.

Vraisemblablement, Ryuichi Sakamoto est de ceux qui méritent sans nul doute possible d’être appeler une « légende vivante ». Et qu’il vienne du Japon ne fait qu’ajouter à son importance en 2017.

(in heepro.wordpress.com, le 07/06/2017)

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