Dizzee Rascal ‘ Maths+English

Après deux albums sortis coup sur coup en 2003 et 2004, soit en l’espace de treize mois seulement, le tout jeune rappeur sud londonien se laisse un peu de temps pour souffler et réfléchir à un troisième album.
Il nous faudra alors plus de deux années avant d’entendre un nouveau titre, « Sirens », en mai 2007 (en effet, « Graftin » remontait déjà à mars 2005). Autant le dire tout de suite, ce single est une véritable bombe sonore et reprend exactement là où Dizzee Rascal nous avait laissé avec la paire d’albums Boy In Da Corner/Showtime. Aucun doute quant aux origines grand londoniennes du rappeur qui nous balance l’un des ses singles les plus cinglants, et tout simplement l’un des plus emblématiques de son style urbain totalement écorché, et on le croit mille fois quand il dit que In Utero est l’un de ses albums qui l’ont le plus marqué, bien qu’ici le sample tire plutôt du côté métal que grunge… c’est dire à quel point Dizzee ose allé loin dans ses expérimentations sonores.
Heureusement pour l’auditeur, tout n’est pas aussi âpre : ça commence d’ailleurs assez calmement avec « There’s a world outside », dont la production utilise néanmoins un son de lames s’entrechoquant. Classe !
Moins classe diront certain(e)s, avec un « Pussyhole (Oldschool) » aux paroles difficilement plus explicites (le mot « grime » reprend ici tout son sens, tel que l’on avait déjà pu le comprendre à la fois sur Boy In Da Corner et Showtime).
Le Britannique se paye ensuite le luxe de partager le micro avec les rappeurs américains Bun B et Pimp C (tous deux membres de UGK) sur un morceau beaucoup plus classique, « Where’s the G’s »… Chacun saura par quoi remplacer l’initiale G ici ! Si vous n’y arrivez pas, tendez davantage l’oreille aux paroles, vous comprendrez vite.
« Paranoid » est un titre parfait quand on pense à la musique que nous livre Dizzee Rascal depuis alors quatre ans (rappelons qu’à la sortie de Maths+English, il n’est âgé que de 22 ans…) : son flow semble ne jamais s’essouffler, alors même que beaucoup ne saurait tout simplement plus sur quoi écrire !
Oups, voilà une erreur de parcours ? « Suk my dick » nous montre le rappeur sous son jour le plus vil, le plus grossier… le plus sincère ? Oui, car ce mec ne joue pas à cache-cache avec son auditoire, il fait qui lui plaît. Je dis bien ce qui lui plaît et non ce qu’il veut, car tout cela est forcément volontaire, avec un objectif clair. Sa légitimité ne prendra pas un coup dans le dos avec ce disque, qui a pourtant une couverture complètement rose bonbon !
« Flex » est morceau très club, choisi comme single et qui, musicalement, dépareillerait complètement de « Sirens », si la voix de l’artiste grime n’était là pour unifier l’ensemble de l’œuvre. Sur sa lancée, « Da feelin’ » nous confirme que la drum’n’bass n’est jamais loin dans l’univers de référence du Londonien.
Pour ma part, je dois avouer que l’un de mes morceaux préférés de la discographie entière du rappeur est « Bubbles », dont les paroles sont assenées à rythme qui trouve son écho dans une production absolument « trendy », grrr !
« Excuse me please » devrait s’appeler en réalité « Excuse me please fuck it », pour en capter d’entrée le subtilité verbale. Évidemment, l’antithèse est jubilatoire tout au long du morceau, dont le titre devient un délice de naïveté puérile mélangée à de la férocité adolescente. Le mélange des genres nous donne un jeune adulte capable de savoir se défendre en usant des codes des uns et des autres.
Presque au terme d’un album jouissif et éprouvant à la fois, « Hardback (industry) » martèle dans notre tête pendant plus de quatre minutes avant de tomber en syncope. C’est alors que l’Arctic Monkey, Alex Turner, vient prêter sa voix sur le refrain, une performance initialement digne d’intérêt mais qui sert surtout de contrepoids à Dizzee Rascal. La confrontation des deux est du plus bel effet !
À l’inverse, je ne comprends la collaboration suivante avec Lily Allen. Idée qui semble alléchante, mais dont le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Ce titre permet au moins de reprendre une petite bouffée d’oxygène avant le coup final : « U can’t tell me nuffin’».
Ce titre est lourd, très lourd. Le son est strident. Les paroles écrasantes. Comment peut-on oser vouloir conclure un album sur une telle provocation ? Je vous l’avais dit : Dizzee Rascal fait ce qui lui plaît.

(in heepro.wordpress.com, le 13/12/2010)

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Voir aussi : Tongue N’ Cheek

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